Olivier Dauger, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France : « Conserver une agriculture diversifiée »

Olivier Dauger, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France : « Conserver une agriculture diversifiée »

Deux tiers du territoire des Hauts-de-France sont valorisés par l’agriculture. Légumes, grandes cultures, élevage… les filières agricoles sont nombreuses et doivent faire face à de multiples défis. Le point avec Olivier Dauger, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France.

Quel est le poids de l’agriculture dans les Hauts-de-France ?
Olivier Dauger : La région compte plus de 25 000 agriculteurs, et les deux tiers de notre territoire sont valorisés par l’agriculture. Il n’y a aucune zone sans filière agricole, et nous avons la chance d’avoir une agriculture très diversifiée (productions de légumes, élevage, grandes cultures, etc.). 50 % des exploitations ont toujours une part d’élevage. De manière plus globale, l’agriculture et l’agroalimentaire représentent plus de 200 000 emplois directs ou indirects. L’industrie agroalimentaire régionale est forte d’environ 2 000 entreprises, avec la présence de grands groupes comme Bonduelle, McCain, Lesaffre… La betterave, les légumes et la pomme de terre sont des productions phares de notre région, renforcées par notre proximité géographique avec la Belgique et les Pays-Bas.

Quels sont les grands enjeux de demain?
O. D. : Le premier enjeu est de conserver notre agriculture. Cette dernière vit des périodes de transition assez fortes aux niveaux technique, environnemental et économique. Elle est sous la pression des distorsions de concurrence avec nos voisins du Nord, sous l’incertitude du Brexit. Il faut commencer par relocaliser les productions, quand c’est possible. Depuis dix ans, nous assistons à une dérive assez forte : nous importons plus de 50 % de ce que nous consommons dans la région Hauts-de-France. Ce n’est pas logique par rapport à la production régionale !

L’adaptation au changement climatique fait également partie des enjeux régionaux. L’agriculture a sa part à jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous ne sommes pas mal placés, mais nous pouvons encore progresser… Il faut aussi que nous nous adaptions aux aléas climatiques, comme le gel, mais aussi la sécheresse qui peut poser des soucis, même dans notre région. Cependant, le vrai défi pour demain est d’aller vers plus de résilience. À travers le pôle de recherche AgroRessources, notre région est impliquée dans la bioéconomie, l’émergence de nouveaux matériaux pour sortir des énergies fossiles. L’agriculture régionale voit émerger de nouveaux débouchés pour le chanvre, le lin ou la paille, des céréales utilisées comme matériaux d’isolation.

Comment la chambre régionale d’agriculture accompagne-t-elle l’agriculture vers plus de résilience ?
O. D. : Depuis quinze ans, l’agriculture a engagé sa mutation : produire tout en allant vers de systèmes moins « impactants » sur l’environnement et économiquement viables, et en s’adaptant au dérèglement climatique. Ce n’est pas simple, car notre secteur est déjà fragilisé économiquement. La chambre d’agriculture est là pour accompagner les exploitants, pour les conseiller et pour les former. Notre rôle est d’apporter un conseil global sur l’exploitation, car les défis sont multiples et doivent être abordés simultanément. Nous sommes là pour donner le cap, pour donner des conseils « projetés » dans les cinq ans qui viennent, mais aussi à plus long terme. Nos objectifs sont d’avoir une vision à dix ou quinze ans, d’examiner les investissements et les évolutions que doivent engager les exploitants.

Quel est l’impact de la crise sur l’agriculture et sur l’agroalimentaire ?
O. D. : L’agriculture a moins souffert que d’autres secteurs, car nous n’avons pas arrêté de travailler. En revanche, la crise sanitaire a déréglé certains marchés, avec la fermeture du marché de la restauration collective, par exemple. Le climat a fait bien plus de dégâts à l’agriculture régionale, à travers notamment des épisodes de gel. Le Brexit est un autre point d’incertitude. La région Hauts-de-France est le premier fournisseur du Royaume-Uni. Certains marchés vont disparaître, et il faudra donc en trouver d’autres. Nous ignorons comment les produits transformés au Royaume-Uni vont revenir sur le marché européen. Les conséquences du Brexit seront à la fois directes (disparition de certains marchés) et indirectes : par exemple, les produits agricoles polonais achetés habituellement par les Britanniques vont revenir sur le marché et vont concurrencer nos productions.

Que peut apporter l’AgTech ?
O. D. : L’agriculture vit des transitions importantes : il faut utiliser moins de produits phytosanitaires, moins d’engrais, etc. Les nouvelles technologies sont l’un des moyens pour parvenir à cet objectif. Cela peut passer par l’emploi de robots pour le désherbage en maraîchage, par le développement d’OAD (outils d’aide à la décision), par l’utilisation de satellites, de drones, pour repérer les maladies, pour décider des traitements sur les cultures… Le développement du biocontrôle peut également être l’une des clés pour parvenir à ces objectifs.

Comment voyez-vous évoluer l’agriculture de votre région dans les prochaines années ?
O. D. : Nous assistons à l’apparition de nouvelles cultures, comme le soja dans l’Oise, ou la vigne dans le Nord-Pas -de-Calais. Cela offre de nouvelles opportunités ! Les cultures de printemps, plus sensibles à la sécheresse estivale, sont en régression aux profits des cultures d’hiver : pour la brasserie, l’orge semée traditionnellement au printemps commence à être implantée à l’automne, etc. Nous devons conserver une agriculture diversifiée. Plus il y a de cultures, d’assolements différents, plus nos systèmes agricoles seront résilients.

—— Propos recueillis par Emmanuelle THOMAS (Tribune Verte 2964)

LES CHIFFRES CLÉS DE L’AGRICULTURE DANS LES HAUTS-DE-FRANCE

Lors du premier confinement, l’entreprise Ernest Turc – producteur de bulbes à fleurs et spécialiste de semences – s’est inscrite sur la carte interactive mise en place par Val’hor. Elle a indiqué gratuitement ses coordonnées dans le Maine-et-Loire et l’adresse de sa boutique en ligne (www.ernestturcboutique.com) lancée en 2017. « Nous y vendons essentiellement nos créations variétales. Cette e-boutique s’adresse surtout aux passionnés de jardin et aux collectionneurs », explique Bertrand Turc, dirigeant de l’entreprise familiale. S’il ne peut pas dire que le recensement sur la plateforme de Val’hor a boosté les ventes en ligne, il félicite le travail mené par l’interprofession et leur fédération pendant cette crise, durant laquelle ils ont connu une baisse conséquente des ventes de bulbes à fleurs. Aujourd’hui, malgré un certain niveau de désorganisation qui perdure en raison de la crise, l’entreprise continue son développement. Au printemps prochain, elle lancera un nouveau site Internet pour les professionnels.