Les études de santé ont été réformées en 2020, instaurant la création de deux voies d’accès aux études de santé, le Pass, et la Las. Mais le remède s’est révélé plus douloureux que le mal, comme le soutient le collectif Pass-Lass. Ce groupe constitué d’étudiants et de parents réclame l’abrogation de la réforme au Premier ministre, Élisabeth Borne. Sans réponse au 22 octobre, le collectif portera sa demande au Conseil d’État.


Deux ans seulement après la réforme des études de santé, les premiers chiffres sont désastreux. Nous constatons des milliers d’abandons de jeunes broyés par la désorganisation généralisée dans les facultés de médecine. Des centaines d’autres fuient vers les facultés européennes voisines pour tenter d’atteindre leur rêve carabin. Enfin, tous les postes ouverts ne trouvent pas preneurs dans certaines filières. Injustices, inégalités, iniquités, maltraitances… Ce sont les adjectifs les plus couramment utilisés pour qualifier ces nouvelles études de santé.

La diversification des parcours (PASS-LAS) entraîne en réalité l’élimination d’étudiants brillants au profit d’autres, certainement excellents, mais moins bien formés 

Collectif Pass-Lass

Pourquoi cette réforme est une catastrophe?

• D’abord, la réforme contribue à la chute des connaissances des étudiants en médecine. La diversification des parcours (Pass-Las) entraîne l’élimination d’étudiants brillants au profit d’autres, certainement excellents, mais moins bien formés. En effet, beaucoup d’étudiants passés par la Las se retrouvent en difficulté dans leurs études. Ce qui est assez logique, étant donné qu’ils ont vu ¼ duy programme étudié par les étudiants en Pass. Résultat, un taux exceptionnellement élevé de redoublement pour ceux issus de Las. Selon la Conférence des doyens de la faculté de médecine, seulement 40 % de ces élèves ont réussi à valider leurs examens. Les étudiants issus de Pass affichent, quant à eux, un taux de réussite de 80%, soit le double.

• Les étudiants croulent sous une charge incommensurable de travail, puisqu’ils doivent exceller dans deux cursus, dans les UE santé, mais aussi en humanités, droit etc. Une mauvaise note en art antique grec peut ainsi vous faire rater médecine, quand un parcours inédit et marginal en langue hindi peut vous y porter.

Le numerus clausus a été remplacé par un «numerus apertus» dont le principe, un nombre de places limité est scrupuleusement le même et n’a pas entraîné l’augmentation annoncée loin s’en faut. Autre mensonge éhonté, l’annonce qu’il n’y aurait «plus de concours». Aujourd’hui, il y a des grands admis, des listes complémentaires, un nombre de places limité, et un reclassement-déclassement…Bref, un concours.

Cet entretien de 10 minutes où il est question de tout sauf de médecine peut ruiner un an d’efforts 

Collectif Pass-Lass

• Dire que le double cursus est une chance pour les étudiants car elle leur offre une réorientation en cas d’échec, c’est oublier de préciser que ces autres filières (droit, chimie, maths, humanité, langue vivante) sont souvent un choix par défaut.

• Cerise gâtée sur le gâteau avarié de cette réforme, l’oral (dé)classant pour le passage en deuxième année pour départager les étudiants en liste complémentaire. Comptant parfois jusqu’à 70% de la note (c’est encore le cas à Brest), cet entretien de 10 minutes où il est question de tout sauf de médecine peut ruiner un an d’efforts. L’étudiant doit ainsi donner son avis sur la protection de la barrière de Corail ou sur la mission Sputnik. Le fameux Louis a vu sa vocation se briser sur l’analyse d’une gravure anglaise du XVIII ème siècle sur la peste. Et puis, cet oral passé devant un jury qui se dit souverain et qui n’a donc à se justifier de rien, tout le monde ne le passe pas. C’est une grande inégalité de traitement: les grands admis en sont exempts. Si l’idée était de tester l’empathie du futur médecin, la plupart ne le passeront pas.

Le collectif a porté plainte

«Combien de fois un homme peut-il tourner la tête en prétendant qu’il ne voit pas», proclamait dans son discours de politique générale Édouard Philippe, alors Premier ministre qui a défendu le texte de cette réforme. Alertés de ses manques et de ses dérives par le Collectif National Pass Las, par les tribunaux administratifs et le Conseil d’État qui ont prononcé à son encontre plusieurs condamnations - dont une pour «non-respect de l’égalité entre les étudiants»! -, Gouvernants et doyens ont décidé de regarder ailleurs. Ils sont ainsi pleinement responsables de cette mise en application désastreuse et obstinée.

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