► Quel est le constat ?

Le doute grandit autour de la qualité réelle de certains établissements privés de l’enseignement supérieur qui ont fleuri ces dernières années, modifiant beaucoup le paysage de l’enseignement supérieur. La part des établissements privés y a augmenté au point que, désormais, 24 % des étudiants sont formés dans ces écoles, dont certaines sont à but lucratif. Or, leurs pratiques suscitent des doutes.

Ainsi, sur la base de l’inspection de 80 établissements, la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes a mis en lumière, en décembre dernier, des pratiques commerciales frauduleuses. Sur l’échantillon examiné, 30 % des établissements se livraient à de telles pratiques, utilisant, par exemple, les termes « master », « licence » ou « doctorat » sans y être habilités. D’autres présentaient des taux d’emploi et de rémunération de leurs anciens élèves très approximatifs. De quoi faire craindre que beaucoup de ces entreprises lucratives servent surtout à vendre, parfois très cher, du rêve aux jeunes et à leurs familles.

► Que demandent les universités ?

Aussi, devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), mardi 14 février, France Universités (anciennement la Conférence des présidents d’université) a demandé à l’État d’être plus vigilant. « Nous estimons qu’il est important de mettre en place des outils objectifs afin de garantir la qualité des formations aux étudiants », justifie Guillaume Gellé, président de l’instance et de l’université de Reims Champagne-Ardenne.

Afin d’y parvenir, plusieurs pistes ont été avancées, dont celle d’un moratoire jusqu’à la signature d’un « code de déontologie obligatoire » par tout futur établissement, afin que celui-ci s’engage à respecter certains principes. Il s’agit de « vérifier la qualité des établissements afin de protéger les étudiants et leurs familles contre une publicité créant l’illusion en matière de fiabilité scientifique des intervenants et d’insertion professionnelle », explique France Universités.

Autre exigence : l’utilisation des termes « université », « licence », « master » et « doctorat » doit être plus strictement encadrée, afin que les établissements ne puissent plus jouer « des ambiguïtés sur les intitulés des diplômes et de leur reconnaissance par l’État », explique encore Guillaume Gellé. De son côté, le ministère planche aussi sur la question et a mis en place un groupe de travail, qui doit rendre ses conclusions en juin.

► Les facultés catholiques sont-elles visées ?

Non, car seuls les établissements privés à but lucratif sont dans le viseur. À l’inverse, les cinq « Cathos » de Paris, Lille, Angers, Lyon et Toulouse sont des établissements privés d’intérêt général qui ne prêtent pas à controverse et « participent pleinement au service public de l’enseignement supérieur », estime Guillaume Gellé. D’ailleurs, « la qualité de nos formations est soumise aux mêmes contrôles que celle des universités publiques », fait valoir Patrick Scauflaire, président de l’Udesca, qui regroupe les cinq établissements. Il soutient d’ailleurs la démarche de France Universités.

Pourtant, certaines universités catholiques se sont récemment fait épingler par la Cour des comptes, qui leur reproche de ne pas se faire appeler « facultés ». Une mise en cause que rejette Patrick Scauflaire, selon qui l’appellation complète retenue est celle d’« université catholique », et ne laisse donc pas de doute sur la nature de la formation. « Il est en effet souhaitable que tout le monde respecte ses intitulés », estime Guillaume Gellé, rappelant qu’il s’agit surtout « d’éviter de créer la moindre confusion ».