C’est dans la salle 104 du collège Octave-Gréard, situé dans le 8e arrondissement de Paris, que commence le dernier cours de français des 5eD, avant que sonne le début des vacances de printemps. Installée derrière son bureau, une élève qui se fera appeler « H. », déballe minutieusement ses affaires. À côté d’elle, son « accompagnant d’élève en situation de handicap » (AESH) la guide, à voix basse.

Un emploi du temps sur mesure

Atteinte de troubles du spectre de l’autisme, H. est rattachée à une classe ordinaire de 5e. Mais elle est aussi inscrite à l’Unité localisée pour l’inclusion scolaire (Ulis) de l’établissement. Ce dispositif, mis en place en 2015, permet d’adapter le cursus scolaire des élèves atteints de différents handicaps, dont l’autisme. H. n’étant pas en mesure de suivre les cours en autonomie, son emploi du temps est établi sur mesure. Collé au dos de son carnet de correspondance, on peut lire « 9 heures-10 heures : Ulis, 11 heures : Français ».

« C’est la professeure qu’il faut écouter », glisse Régis à l’oreille de la jeune fille, pour capter son attention au milieu des élèves bavards. Quelques minutes après que la sonnerie a retenti, Marjorie, la professeure de français, s’affaire à distribuer les copies. « H. tu as eu 6 sur 15, des réponses sont correctes mais d’autres sont incomplètes », l’informe-t-elle. La préadolescente prend un regard inquiet. « C’est sur 15, pas sur 20 », la rassure Régis, son AESH, comme s’ils se trouvaient dans une bulle où la communication était plus fluide. Entre ses mains, H. tord une règle souple. « Quand nous sommes sur des temps où il faut qu’elle soit uniquement en écoute, elle a besoin de se canaliser », explique Régis, qui la suit seulement depuis quelques semaines, mais a su immédiatement gagner la confiance de la collégienne.

Trente minutes du cours s’écoulent avant que H. lève la main. Attendant sagement qu’on lui donne la parole, elle finit par lancer : « Je veux lire. » La professeure de français esquisse un sourire, puis lui demande d’attendre son tour. Une fois que l’ultime rangée de collégiens s’est adonnée à la lecture, H. finit par lire fièrement la page 134 du roman étudié. « Tu as bien lu, bravo », souligne Régis, toujours en chuchotant. Un sourire discret se dessine sur le visage de H.

« J’aurais aimé être davantage accompagnée »

La fin du cours sonne à travers les haut-parleurs du collège. La voix camouflée par les bruits de cartables et de chaises qui claquent sur le sol, Marjorie tente de répondre aux questions de quelques élèves. Professeure depuis près de dix ans, elle a découvert « sur le tas » le dispositif Ulis. « Nous n’avons aucune formation, j’aurais aimé être davantage accompagnée pour aborder l’apprentissage des élèves », regrette-t-elle. L’enseignante a donc été contrainte de découvrir par elle-même la sensibilité de H. « un jour, j’ai élevé le ton à l’encontre d’un autre élève et H. s’est mise à pleurer, se souvient-elle, avant de poursuivre : l’inclusion a l’avantage d’apprendre la différence à toute la classe. »

Des temps plus informels ont aussi permis à H. de créer des liens avec les élèves de sa classe. Chaque jeudi, avec un système de cartes d’invitation, elle donne rendez-vous à ses amis pour faire une activité dans la salle dédiée au dispositif Ulis. « Ça lui permet d’apprendre la socialisation et de travailler le comportement à adopter avec les autres », explique Marie-Pierre Joseph, une AESH expérimentée de l’établissement. Selon ses accompagnants, H tire de sa scolarisation en milieu ordinaire des bénéfices « évidents ». Mais ce système n’est pas adapté à tous ses camarades du dispositif Ulis. Ceux qui n’ont pas le niveau scolaire suffisant rencontrent des difficultés à créer des liens avec les collégiens de l’établissement.

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Un manque d’accompagnants

En 2021, 20 % des saisines du défenseur des droits relatives aux droits de l’enfant concernent des difficultés d’accès à l’éducation d’enfants en situation de handicap. Celles-ci portent en majorité relèvent sur leur accompagnement en milieu scolaire.

Un rapport de la défenseure des droits publié le 25 août 2022 pointe le manque d’attractivité du métier d’AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap), qui conduit à des difficultés de recrutement.

La plupart des contrats proposés correspondent à 60 % d’un temps plein et, dès lors, à une rémunération d’environ 800 €/mois.