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A l’Ouest, du (re)nouveau pour la consigne du verre et son réemploi

5 min

Près de Nantes, une association devenue entreprise tente de reconstruire la filière quasi-abandonnée de la collecte et du réemploi des contenants en verre.

PHOTO : Juliette de Montvallon

De l’extérieur, elle ressemble à une usine comme les autres. Mais le bâtiment de Bout’ à ’Bout, installé à Carquefou, près de Nantes, a une histoire singulière. En 2016, son propriétaire n’est encore qu’une association. En 2021, il se mue en entreprise afin de lever des fonds et financer cet investissement de 3 millions d’euros.

Depuis octobre 2023, l’usine peut trier, laver et contrôler plusieurs milliers de bouteilles par jour. Elle doit monter en puissance progressivement : 700 000 contenants traités en 2023, 5 millions prévus en 2024 et jusqu'à 60 millions à terme. Un développement considérable alors que ces opérations étaient auparavant sous-traitées… 

De l’extérieur, elle ressemble à une usine comme les autres. Mais le bâtiment de Bout’ à ’Bout, installé à Carquefou, près de Nantes, a une histoire singulière. En 2016, son propriétaire n’est encore qu’une association. En 2021, il se mue en entreprise afin de lever des fonds et financer cet investissement de 3 millions d’euros.

Depuis octobre 2023, l’usine peut trier, laver et contrôler plusieurs milliers de bouteilles par jour. Elle doit monter en puissance progressivement pour atteindre 5 millions de contenants traités en 2024 et jusqu’à 60 millions à terme. Un développement considérable alors que ces opérations portant jusqu’ici sur 700 000 bouteilles par an étaient auparavant sous-traitées.

Il s’agit aussi d’une bonne nouvelle pour l’environnement. Selon l’Ademe, réutiliser une bouteille permet d’économiser 79 % d’énergie, 77 % de COet 51 % d’eau par rapport à son recyclage. Le réemploi est avantageux à partir de deux à quatre utilisations du contenant, et ce même s’il parcourt jusqu’à 600 kilomètres pour être rempli de nouveau.

Sérieuse piste pour atteindre la fin des emballages plastique à usage unique prévue par la loi en 2040, le développement du réemploi du verre permet aussi « la réindustrialisation verte des territoires », souligne Célia Rennesson, du Réseau Vrac et Réemploi, qui fédère les entreprises du secteur.

Problème, la pratique et la filière de la consigne de verre se sont effondrées en France ces dernières décennies, sauf en Alsace, région où les acteurs sont restés mobilisés. Partout ailleurs, il faut tout reconstruire, comme chez Bout’ à ’Bout. La plupart des bouteilles utilisées par les producteurs de vin, jus et autres boissons étaient par exemple trop fragiles.

« Nous avons établi une liste de contenants standards permettant le réemploi chez les principaux verriers pour les recommander aux producteurs », explique Célie Couché, la fondatrice de l’entreprise.

« On a un peu tâtonné pour trouver des étiquettes et des colles hydrosolubles », se souvient pour sa part Samuel Marzelière, co-fondateur de la brasserie ligérienne Tête Haute, qui travaille depuis sa création (2018) avec Bout’ à Bout’.

Aujourd’hui, ils sont une centaine de producteurs à utiliser les bouteilles lavées par la structure. À terme, cela devrait présenter pour tous un avantage économique par rapport au recours à des bouteilles à usage unique. Mais, « pour le moment, c’est encore un choix militant », tempère le brasseur. Avec un taux de retour de 30 à 40 %, il ne peut pas compter que sur les bouteilles lavées et continue d’en acheter des neuves adaptées au réemploi et légèrement plus chères que les « classiques ».

L’enjeu de la collecte

A l’autre bout de la chaîne, Bout’ à Bout’ propose aux distributeurs des supports de communication et équipements pour devenir des points de collecte. Magasins bios et de vrac ont été les premiers à suivre mais une quinzaine de grandes surfaces sont aussi de la partie, à l’image du Super U des Herbiers, dans le département voisin de la Vendée. « C’est un service aux clients et cela fait un flux supplémentaire pour le magasin », apprécie Dominique Morin, son dirigeant.

Les promoteurs du réemploi appellent donc à la mise en place d’un pilotage national et de financements dédiés

Pour optimiser les transports, Bout’ à Bout’ a noué des partenariats logistiques. Avec le soutien de l’Ademe et de collectivités, comme Nantes métropole ou la région Pays de la Loire, elle a progressivement étendu son réseau qui déborde vers la région Centre, la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine. D’autres acteurs se sont lancés à ses côtés, à l’instar du Fourgon, arrivé à Nantes en 2022, qui livre à domicile des produits en contenant consignés, dans une sorte de tournée du laitier réinventée.

« On voit de plus en plus d’endroits où l’on peut déposer ses bouteilles, mais cela pourrait se développer encore plus », constate Gautier Ravaud, de l’association Zéro Waste Nantes.

Bout’ à Bout’ s’y attache en travaillant avec des opérateurs ayant bâti des filières dans d’autres coins de l’Hexagone. Au sein de l’association France Consigne, ils sont une dizaine à réfléchir à l’harmonisation de leurs pratiques pour qu’une bouteille consignée puisse être récupérée et lavée un peu partout sur le territoire.

Faible mobilisation politique

C’est l’une des clés, avec la multiplication des points de collecte, de la massification du réemploi du verre. Mais pour poursuivre, ces acteurs ont besoin de visibilité. Les promoteurs du réemploi appellent donc à la mise en place d’un pilotage national et de financements dédiés. Ils plaident aussi pour la mise en place de contraintes pour ceux qui ne joueraient pas le jeu de la consigne.

« On n’est plus au stade des expérimentations mais à celui du déploiement à grande échelle et des obligations », estime Charlotte Soulary, de Zéro Waste France.

En juin, Bérangère Couillard, alors secrétaire d’Etat à l’Ecologie, annonçait l’obligation de reprise des emballages en verre vides pour les grandes surfaces d’ici 2025 et la généralisation de la consigne. Mais il n’est plus question que de volontariat depuis que Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, a repris le dossier. L’usine Bout’à’Bout de Carquefou aurait pourtant besoin d’un signal autrement plus appuyé pour recevoir les 60 millions de bouteilles qu’elle peut laver chaque année.

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Commentaires (3)
WANDRILLE SELEGNY 31/01/2024
Ce serait sans doute le moment d'aller parler de ce "dossier" au groupe NESTLÉ ? Des bouteilles en verre au lieu de plastique...
maxime cretet 30/01/2024
la fin de la consigne a été une catastrophe, vivement son retour!
HUGUES 29/01/2024
La consigne, cela ré existe déjà, à l'EST ! Cela fait des années que j'achète à Strasbourg mon eau gazeuse alsacienne avec bouteille consignée à 21 centimes
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