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La plus ancienne école de journalisme, l'ESJ Paris, annonçait ce vendredi 15 novembre avoir été rachetée par un consortium d'investisseurs marqués à droite. Qu'est-ce que cette annonce dit de la dynamique médiatique en cours ? Quelle influence ce rachat pourrait-il avoir sur la profession ?

Avec
  • Jean-Marie Charon, sociologue, spécialisé dans l'étude des médias et du journalisme, chercheur à l'EHESS

C'est dans un communiqué publié le vendredi 15 novembre, que l'ESJ Paris, école de journalisme privée créée en 1899, annonçait bénéficier du soutien financier de différents grands groupes détenteurs de médias, dont le groupe Bolloré. En plus de ce support financier inédit, l'établissement accueille un président très marqué à droite en la personne de Vianney d’Alançon. Comment expliquer cet investissement de grands propriétaires conservateurs ? Ce soutien financier aura-t-il un effet sur les programmes, les enseignements dispensés auprès des jeunes journalistes ?

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Le rachat de l'ESJ par les grands groupes

Le récent rachat de l'École supérieure de journalisme (ESJ) de Paris par un groupe d'investisseurs influents, dont Dassault, Bolloré, Bernard Arnault et Rodolphe Saadé, a provoqué des remous dans le monde du journalisme. Selon Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur à l'EHESS, ce rachat soulève des questions sur la rentabilité de ce type d'écoles. "Les écoles de journalisme sont traditionnellement sous pression financière en raison des exigences pédagogiques et techniques élevées, qui nécessitent un encadrement de qualité. Cependant, les écoles non reconnues, comme l'ESJ Paris seraient en mesure d'adopter un modèle plus commercial et moins exigeant, et ainsi de générer davantage de revenus. On arrive, par ce biais, à dégager des revenus plus importants" grâce à une réduction des standards d'enseignement et en augmentant le nombre d'étudiants," précise J.M Charon.

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Des vecteurs d'influences politiques ?

L'ESJ Paris est désormais sous la direction de Vianney d'Alençon, entrepreneur marqué à la droite dure, ce qui suscite des inquiétudes quant à la direction idéologique que pourrait prendre l'école. Les écoles de journalisme, privées ou publiques, sont des espaces d'échanges et d'apprentissages, mais comme souvent des idéologies peuvent aussi avoir de l'influence. Pour Jean-Marie Charon les écoles reconnues ne sont pas "colorées politiquement. Cependant, le patronat, par sa présence dans des commissions paritaires comme la CPNEJ (Commission Paritaire Nationale de l'Emploi des Journalistes), exerce une forme de pression indirecte et c’est une manière de jouer un peu sur deux tableaux". L'influence croissante des grands groupes médiatiques sur la formation des journalistes s'accroit et demeure.

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Une baisse de la qualité des formations ?

Jean-Marie Charon émet des doutes sur la capacité de ce nouveau modèle à répondre aux standards de qualité de la formation journalistique nécessaire. Pour le chercheur, ce projet pourrait être une manière de "faire pression sur l'ensemble du système de formation en journalisme. Les grands investisseurs semblent vouloir créer une alternative qui pourrait rivaliser avec les écoles déjà établies et leur modèle paritaire." Toutefois, Jean-Marie Charon reste sceptique et précise : "pour avoir cette reconnaissance, il faut répondre à des standards extrêmement précis", que les responsables d'entreprise négocient minutieusement. "Il faudrait déjà qu'ils nous montrent qu'ils sont capables de mettre en place une structure qui réponde au même standard", conclut Jean-Marie Charon.

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