Depuis l’après-guerre, les pays occidentaux ont engagé un vaste mouvement d’élévation du niveau d’études, dont la dernière manifestation en France est l’augmentation du taux d’accès au baccalauréat, qui est passé d’environ 60 % d’une génération en 1995 à environ 80 % aujourd’hui. Ce mouvement a eu deux sources : principalement le déploiement des bacs professionnels, qui ont vu leurs effectifs croître rapidement (le taux d’accès au lycée général et technologique restant stable) ; mais aussi une amélioration du taux de réussite aux bacs, qui est passé en moyenne de 75 % à 90 %.
Anne Genetet, ministre de l’éducation nationale, vient de réaffirmer le projet de transformer le diplôme national du brevet en un examen obligatoire pour entrer en 2de, projet qui faisait partie du « choc des savoirs » annoncé par Gabriel Attal début 2024. Ce dispositif serait accompagné de la création d’une prépa-2de d’un an, sas de transition obligatoire pour les élèves admis en 2de par leur conseil de classe, mais recalés au brevet. Elle offrirait un temps de remise à niveau méthodologique et disciplinaire.
La première intention de cette réforme est de durcir les conditions d’accès en classe de 2de, marquant un recul par rapport à la dynamique engagée depuis les années 1990. Pourtant, la recherche internationale sur l’éducation souligne les bénéfices, pour l’individu et la société, des politiques volontaristes d’expansion scolaire menées par de nombreux pays. Mais peut-être touchons-nous la limite de ces politiques, qui feraient accéder au lycée de nouveaux publics moins bien préparés à des études longues, au point que trop d’élèves orientés vers le bac pro s’y trouvent en échec ?
Renforcer le décrochage
Regardons les chiffres : aujourd’hui, l’accès en 2de pro ou générale et technologique est validé par le conseil de classe dans l’ignorance du résultat final du brevet. La grande majorité des élèves admis en 2de général et technologique obtiennent ce diplôme à la fin de l’année. En revanche, plus d’un tiers de ceux qui entrent en 2de pro ont échoué au brevet. Ce sont principalement eux qui seraient touchés par la réforme et empêchés de rejoindre directement la classe de 2de. Or une petite moitié de ces jeunes ont eu le bac : les conseils de classe ont eu raison de leur laisser leur chance. L’autre moitié cependant n’a pas eu cet examen : l’échec au brevet peut donc aussi signaler de réelles difficultés à venir. Mais on ne sait pas à l’avance qui sera dans l’une ou l’autre situation parmi ceux qui ne sont pas titulaires du brevet.
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