
« Tiens-toi droite, parle fort. » « Aie du répondant, mais aussi de l’humilité. » « Attention aux tics de langage, aux mots mâchés. » « Rappelle-toi de toutes ces références culturelles accumulées depuis un an dans un carnet. » « Pourquoi toi et pas une autre ? » Comme toute candidate à l’épreuve orale d’une grande école, Inaya Boukile est arrivée à son entretien d’admission à Sciences Po Paris au printemps 2024 avec des mois de préparation en tête.
Parvenir à l’oral, c’est aborder le sprint final d’une course de fond. Mais quand tout s’arrête, que la fenêtre de la visioconférence se ferme et la laisse seule dans une salle de son lycée en banlieue rouennaise, Inaya se sent frustrée. Elle n’a pas l’impression d’avoir su persuader son jury. « Je me suis dit que j’avais énormément préparé pour pas grand-chose, se souvient-elle. Le critère chance est tellement important : est-ce que ton projet les convainc personnellement, est-ce qu’ils sont fatigués… »
Tout au long de son année de terminale, la jeune femme de 17 ans s’est formée avec l’association Ambition Campus, qui vise à préparer les lycéens des établissements en convention d’éducation prioritaire à intégrer la grande école parisienne. Elle a dû y acquérir les « codes de l’oralité », travailler sa confiance en elle. Prouver qu’elle correspondait dans sa singularité aux valeurs de l’école. Pour Sciences Po, cela n’aura pas suffi.
Il vous reste 87.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.