
Que deviennent les étudiants arrivant en première licence ? Comment réussissent-ils leur formation ? En 2020, 205.856 étudiants se sont inscrits en L1 à l’université. En 2023, seuls 61.885 d’entre eux ont obtenu leur diplôme, soit un taux de réussite de 30,1%.
Les 143.971 étudiants restants connaissent des destins variés : redoublement ou réorientation, sortie de l’université... Ceux-ci peuvent être résumés dans l’infographie ci-dessous, et trouvent leur dénouement pour la plupart dès la licence 1.
La diversité des raisons qui conduisent un étudiant à ne pas obtenir son diplôme trois ans plus tard incite à la prudence sur l'analyse de ces chiffres. "Sur le sujet de la réussite, il ne faut pas nécessairement se focaliser sur les 50% de taux d’échec en première année", tempère Alice Pantel, responsable du Service commun universitaire d'information et d'orientation (SCUIO) de Jean Moulin - Lyon 3.
Devenir de la cohorte d’inscrits en L1 en 2020
La première année de licence n’est pas comparable aux autres années
Pourtant, c'est bien en licence 1 que se concentrent les difficultés, confirme Geneviève Chiapusio, vice-présidente chargée de l’orientation et de l’insertion professionnelle de l’université Savoie Mont-Blanc et enseignante-chercheuse.
"La première année de licence n’est pas comparable aux autres années qui suivent de L2 et L3 en termes de taux de réussite, car celles-ci correspondent à un engagement des étudiants dans leur projet d’orientation." En effet, parmi les étudiants inscrits en L3 en 2022, 81% obtiennent leur licence à la fin de l’année.
Peut-on alors conjecturer sur le rôle que joue l’orientation à l’entrée à l’université pour éviter ou limiter les cas de réorientation ? Pour le président nouvellement élu de France Universités, Lamri Adoui, il est vrai que "la réussite peut être un enjeu d’orientation".
Celui qui est aussi président de l’université de Caen précise : "L’adéquation du parcours d’étude avec le parcours scolaire est un indicateur, notamment pour les bacheliers technologiques et professionnels dans les licences générales". Ce taux d’échec des bacheliers non issus de filières générales est flagrant dans les données du Sies.
Réussite en licence sur trois et quatre ans, selon le type de bac
La sélection des licences sur Parcoursup
Pour améliorer ces taux de réussite, l’université devrait-elle être sélective ? Pour Geneviève Chiapusio et Lamri Adaoui, la réponse est "non".
La responsable orientation de l’université Savoie-Mont-Blanc, s'explique : "avec tout le travail accompli pour informer les lycéens, je pense qu’ils savent de plus en plus à quoi s’attendre." Elle voit toutefois des axes d’amélioration : "il faut nous donner les moyens de faire cela. C’est un choix qu’a fait l’université Savoie-Mont-Blanc de nous permettre de nous déplacer dans les lycées, d’accompagner leurs équipes pédagogiques..."
Ces actions ne sont pas propres au territoire de Savoie et Haute-Savoie, et d’autres facultés mettent en place des dispositifs similaires. A l'université Lyon 3, les équipes du SCUIO écument les lycées pour informer les élèves sur l’université, son exigence et ses débouchés potentiels.
La responsable du service d’orientation va dans le sens de Geneviève Chiapusio, même si elle rappelle que de fait, l’université est sélective dans un certain sens : "Certaines formations particulièrement demandées sont limitées en nombre de places. Nous prenons alors les meilleurs profils en priorité."
Les candidats issus de filière générale reçoivent plus de propositions d’admission
Des dispositifs de réorientation
La multiplication des parcours "oui, si", la mise en place de DU “réorientation”, et l’accompagnement sur le volet projet d’études et professionnel en général ont été particulièrement développés ces dernières années, assure le président de France Universités.
Le droit à l’erreur lors de la première année de premier cycle représente un droit encadré réglementaire par la loi ORE (loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants, datant de 2018). Le dispositif est soumis à une candidature étudiée par une commission pédagogique.
Les universités n'ont toutefois pas toutes attendu la loi ORE pour mettre en place de tels mécanismes. Le dispositif « objectif réo », propre à l’université Lyon 3, propose aux étudiants en demande de réorientation au terme du premier semestre, un accompagnement spécifique qui leur permettra de travailler à un projet d’études plus adapté. Chaque candidature est étudiée par une commission pédagogique : “Les étudiants doivent être motivés, il n’y a que 50 places à chaque session”, explique Catherine Lopez, responsable du centre d’information, de documentation et d’orientation de l’université Lyon 3.
Redéfinir la notion de réussite
Inclus dans loi ORE ces différents dispositifs ont permis de développer l’accompagnement individuel et in fine la personnalisation de parcours au sein du système universitaire, mais aussi en dehors de l'université. "Un étudiant qui se réoriente en dehors de nos formations et qui obtient son diplôme devrait compter comme une réussite", assurent d’une même voix France Universités et les responsables d’orientation de Lyon 3 et Savoie-Mont-Blanc.
“L’université d'aujourd’hui n’est plus celle d’il y a dix ans”, assure Geneviève Chiapuso. “Nous considérons comme normal de pouvoir maintenant se réorienter, se tromper, prendre une passerelle ou sortir de l’université pour une autre formation..." Autant d’éléments qui comptent pourtant comme des échecs dans le taux de réussite mis en avant par le ministère.
En outre, France Universités regrette que le taux de réussite se base sur les inscrits, et pas sur les présents à l’examen. Il l’assure, "si on enlevait tous les étudiants qui ne se présentent pas à l’examen, le taux de réussite remonterait de 16 points".
La réorientation, composante majeure de l’université d’aujourd’hui
En sus des flux sortants en fin de première année notamment, la licence universitaire fait l’objet de nombreux flux entrants post-première année. En témoignent les chiffres publiés par le ministère : En 2022-2023, parmi les 158.128 étudiants inscrits pour la première fois en troisième année de licence, 28.000 n’étaient pas à l’université l’année précédente. Une partie difficile à estimer avec précision, mais assurément non négligeable des 130.000 étudiants issus de l’université est passée par la case redoublement ou réorientation.
On peut donc difficilement juger le taux de réussite national à l’aune seule du parcours rectiligne en trois ou quatre ans. Ce taux de réussite est à mettre en regard avec les réorientations et les possibilités qu’offre aujourd’hui l’université pour une pluralité de parcours, parfois jusqu’à accompagner les élèves hors de ses murs.