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Enseignement supérieur : la France manque d'une véritable politique d'attractivité à l'international

Malika Butzbach Publié le
Enseignement supérieur : la France manque d'une véritable politique d'attractivité à l'international
La France manque d'une véritable politique d'attractivité à l'international selon la Cour des comptes. // ©  Nicolas TAVERNIER/REA
La Cour des comptes dresse un bilan mitigé de la stratégie Bienvenue en France, évoquant une politique en pointillés et une nécessaire action interministérielle. Dans un contexte international incertain, le durcissement de la politique d'accueil des étudiants internationaux aux États-Unis pourrait bénéficier à la France, si celle-ci parvient à s'organiser.

Alors que la mobilité estudiantine est le premier motif de demande de visa en France, quelle est l'attractivité du pays auprès des étudiants internationaux ?

Dans son rapport rendu public le 10 mars, la Cour des comptes s'est penchée sur le sujet. Alors que le nombre d'étudiants en mobilité internationale augmente, passant de 3,5 millions en 2005 à 6,4 millions en 2021, la France semble perdre en attractivité. "Les effectifs de ces étudiants progressent en France, mais la progression est moindre que dans d'autres pays", contextualise Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes.

Sur la base de données de l'Unesco, qui demeure imparfaite mais proposant une méthodologie commune à tous les pays, la France était le 4e pays d'accueil en 2017 derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie. En 2021, elle est 7e derrière le Canada, l'Allemagne et la Russie.

"Sans ses étudiants étrangers, la recherche française ne pourrait pas vivre"

La France attire en premier lieu les étudiants des pays francophones, d'où son recul face à la concurrence internationale des autres États. Ceux-ci sont majoritairement inscrits dans les universités (70%), dans les écoles de commerce et de management (15%) et les écoles d'ingénieurs (7%).

Alors que les universités stagnent, les grandes écoles enregistrent une progression importante, entre 2018 et 2022, avec une hausse de 50% d'étudiants internationaux en école de commerce, et de 28% en école d'ingénieurs. "Ces étudiants internationaux constituent 10% des effectifs en licence, 15% en master et 36% des doctorants", souligne Pierre Moscovici. "Sans ces étudiants étrangers, la recherche française ne pourrait pas vivre."

Des équilibres internationaux bouleversés

Dans le contexte géopolitique actuel, cette donnée semble importante. Le premier mandat de Donald Trump comportait des restrictions pour les entrées d'étudiants étrangers sans bouleverser l'attractivité des États-Unis. Mais l'incertitude de son second mandat demeure forte.

"Avec les récentes annonces de diminution du financement de la recherche et des établissements universitaires, le pays risque de ne pas pouvoir accueillir autant d'étudiants internationaux, indique le premier président.

Cependant, "cette politique de durcissement de la politique d'accueil peut être une opportunité pour l'Europe. À la France de s'organiser pour en tirer profit."

Le bilan en "demi-teinte" de la stratégie "Bienvenue en France"

Les sages de la rue Cambon reviennent sur la stratégie interministérielle "Bienvenue en France", lancée en 2018. Pour la première fois, une approche concertée entre les administrations centrales et les établissements universitaires visait à aborder l'attractivité de l'enseignement supérieur de façon globale.

Presque cinq ans après, la Cour des comptes dresse un bilan "en demi-teinte" du plan "Bienvenue en France". Si l'objectif affiché de 500.000 étudiants étrangers d'ici à 2027 semble réalisable, avec presque 320.000 étudiants en 2023-2024, la stratégie s'est heurtée à une forte opposition sur la question des droits différenciés et au contexte de la crise sanitaire.

Les auteurs du rapport estiment que "Bienvenue en France" entretient "une confusion entre objectifs et actions, qui l'apparente plus à un plan d'action qu'à une véritable stratégie".

"La politique d'attractivité de l'enseignement supérieur se dessine aujourd'hui en pointillés par rapport à d'autres priorités" selon les magistrats, alors que cette politique nécessiterait "une action interministérielle constante" et "un consensus sur les objectifs associés".

La question des droits d'inscription différenciés

La stratégie "Bienvenue en France" prévoit ainsi une contribution des étudiants internationaux à l'enseignement supérieur français via des droits d'inscription différenciés. Les étudiants hors Union européenne devant de 2.770 euros en licence (contre 175 euros pour les étudiants de l'UE) et de 3.770 euros en master et doctorat (contre, respectivement, 250 euros et 391 euros).

Compte tenu des diverses possibilités d'exonération et d'une faible appropriation de cette mesure par les établissements, "l'objectif budgétaire associé à cette mesure de la stratégie "Bienvenue en France" ne s'est presque pas matérialisé", souligne les auteurs du rapport, estimant que le manque à gagner "pourrait avoisiner entre 4 millions d'euros en 2019-2020 et 26 millions d'euros en 2022-2023".

Pourtant, "les établissements qui ont mis en œuvre les droits d'inscription différenciés n'ont pas constaté de baisse significative du nombre d'étudiants accueillis, ni de modification dans le profil des étudiants accueillis", relèvent-ils.

Par ailleurs, alors que la précarité financière est "prégnante en France" pour une partie des étudiants internationaux, elle "est entretenue par un seuil de ressources financières minimales exigées peu élevé en France, équivalent à 615 euros par mois".

Pour les magistrats, la revalorisation et l'indexation de ce seuil sont indispensables. "Cela laisse penser aux candidats étrangers que ce budget est suffisant pour vivre et étudier en France, alors qu'il représente 60% du seuil de pauvreté", souligne Pierre Moscovici.

Malika Butzbach | Publié le