Échec à l’université : l’alerte de la Cour des comptes

40,5 milliards d’euros : c’est ce que dépense l’État pour l’éducation des 15-25 ans. Si l’effort est réel, il manque d’efficacité, notamment dans l’enseignement supérieur.

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En France, 36 % des étudiants à l'université obtiennent leur licence en trois ans.
En France, 36 % des étudiants à l'université obtiennent leur licence en trois ans. © ANDBZ/ABACA

Temps de lecture : 4 min

C'est une information qui ne passera pas inaperçue auprès des futurs bacheliers et des familles qui sont en train de terminer leurs candidatures sur Parcoursup : en France, 36 % seulement des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, contre 39 % en moyenne dans les pays de l'OCDE et 69 % au Royaume-Uni.

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Même si ce taux passe à 47 % en comptant les obtentions en quatre ans, il reste trop faible par rapport à nos voisins. Si rien ne change, sur les 950 000 étudiants qui se trouveront en cycle de licence à la rentrée 2025-2026, moins d'un sur deux aura obtenu son diplôme en 2030.

L'échec dans le supérieur, un coût pour la société

Pointé ce mercredi 19 mars par la Cour des comptes dans son rapport public annuel – consacré cette année aux politiques publiques en faveur des jeunes –, le problème n'est, certes, pas nouveau, mais il est ici mis en regard du coût pour la collectivité : 534 millions d'euros pour les redoublements, réorientations et sorties sans diplôme sur les trois années du premier cycle. Un montant auquel il faut ajouter le « coût pour la société ».

Car ces redoublements et les sorties sans diplôme « pénalisent notre pays dans sa capacité à se projeter et à faire face aux défis économiques et sociétaux futurs », relèvent les Sages de la Rue Cambon, qui déplorent la part trop faible du financement des universités dédiée à la prévention de l'échec. Une insuffisance liée en partie à leur incertitude quant à la pérennité de leurs moyens. Autre facteur d'échec pas assez pris en compte par les pouvoirs publics, selon la Cour : la précarité de certains étudiants ou leur éloignement de leur foyer.

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Si les recommandations des Sages apparaissent peu à même de changer les choses concrètement (les auteurs conseillent de « mieux identifier les causes de l'échec en premier cycle universitaire », de « rendre plus accessibles et lisibles tous les dispositifs d'accompagnement sur Parcoursup » ou encore de « mettre en place un suivi du parcours des étudiants »), les autres chapitres consacrés à l'éducation des jeunes dessinent une feuille de route plus convaincante. Notamment ceux consacrés à l'orientation de jeunes et à l'accès de tous à l'enseignement supérieur.

Pour une meilleure orientation des jeunes

L'orientation, regrette la Cour des comptes, est encore trop dépendante des déterminismes de genre ou liés à l'origine sociale. « À notes égales et vœux équivalents, les décisions des équipes éducatives tendent à favoriser l'orientation des jeunes de familles défavorisées vers la voie professionnelle après la troisième. » L'éloignement de certaines familles des grandes villes, leur précarité plus grande et leur attachement géographique empêchent par ailleurs les enfants d'envisager une installation dans les grandes villes universitaires. À cela s'ajoute l'émergence d'une offre de formation foisonnante aux règles du jeu opaques et instables. Dans ce contexte, les jeunes et leurs parents – notamment ceux appartenant aux classes sociales défavorisées – « sont parfois en manque de repères », précisent les auteurs.

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Les professeurs principaux, à qui cette tâche est aujourd'hui confiée, ne parviennent pas à remplir cette mission en raison de l'absence de formation et du manque de temps. Mais aussi parce que celle-ci intervient seulement au collège, « alors que de nombreux pays commencent à faire découvrir les métiers dès l'école primaire », déplorent les Sages, qui estiment à 8 000 le nombre d'équivalents temps plein mobilisés et à 400 millions d'euros le coût de cette politique publique. « Son organisation doit être revue », écrivent-ils.

L'accès au supérieur des étudiants des territoires ruraux

À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre L'idée la plus intéressante en matière d'éducation présentée par le rapport concerne l'accès des jeunes issus des territoires ruraux à l'enseignement supérieur. « Cette problématique est aujourd'hui faiblement prise en compte par les politiques publiques », observe la Cour des comptes, qui a conduit des investigations dans quatre départements ruraux, la Haute-Marne, la Meuse, les Vosges et la Haute-Saône. Résultat : ceux-ci comptaient 20 % de diplômés de l'enseignement supérieur dans les territoires ruraux en 2020, contre près de 32 % en moyenne en France métropolitaine.

Le développement local de l'offre de formation ne peut être que d'ampleur limitée au regard des effectifs concernés, observe la Cour des comptes. Dans ce contexte, l'amélioration de l'accès des jeunes ruraux passe par l'amélioration de leur mobilité et donc par une meilleure prise en compte de la distance géographique dans l'attribution des bourses, ainsi que par une simplification des procédures d'obtention et de versement à travers un guichet unique. Une recommandation qui a l'avantage d'être concrète et relativement facile à mettre en œuvre.

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Commentaires (27)

  • Vinclab27

    C’est la base. Si on accueille tout le monde y compris les quasi illettrés qui ont eu le BAC, 50% des étudiants n’ont ri...en à y faire ! D’où un coût énorme pour un résultat affligeant. Le collège unique et le bac pour tous a tué l’éducation depuis 50 ans. Il faudrait stopper cette dérive mais nos dirigeants ne veulent pas d’un peuple éduqué qui pourrait réfléchir et les jeter dehors.

  • baronpat

    Tout ces étudiants inscrits inutilement en fac dans des filières sans débouchés ne viennent pas plomber les chiffres du ...chômage, tout du moins le temps de leurs études…

  • Mjoke

    @Papyboss,
    Votre constat est amère mais parfaitement justifié. J'y souscrit totalement.