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C'est une révolution silencieuse dans l'approche collective de la détresse psychique. À l'image du secourisme dont les gestes sauvent des vies lors d'un arrêt cardiaque ou d'un accident, la formation premiers secours en santé mentale (PSSM) propose à des citoyens ordinaires d'apprendre à porter assistance aux personnes en souffrance psychique.
Il était temps, alors que la France accuse un retard d'une vingtaine d'années dans la sensibilisation aux troubles psychiques. Le programme Mental Health First Aid sur lequel est basé le PSSM a été créé en Australie en 2000. Déjà présente dans vingt-neuf pays, sa version française est apparue en 2019 avec le concours de l'Unafam (Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) et la fédération Santé mentale France, tout en s'appuyant sur un comité scientifique constitué de psychiatres, d'addictologues, de psychologues et d'universitaires.
Comme l'explique Muriel Vidalenc, présidente de PSSM France : « La spécificité et la robustesse du programme, c'est de s'appuyer sur un contenu standardisé. Si vous le suivez à Paris, à Marseille, à Londres ou à Sydney, c'est la même chose. La seule adaptation consiste à expliquer les ressources disponibles dans chaque pays et leurs limites. »
À LIRE AUSSI EXCLUSIF. Nicolas Demorand : « Je suis un malade mental »À l'issue des deux jours de formation, personne ne devient un thérapeute ou un super-héros capable d'intervenir dans toutes les situations. « L'ambition est de faire reculer la méconnaissance de la santé mentale et la stigmatisation des symptômes dans la population générale. Chacun ressort donc du stage avec en mémoire une “boîte à outils” permettant de savoir où et quand son rôle d'aidant commence et où il s'arrête avec le relais des spécialistes. »
Ouvertes à tous
La formation répond à une urgence de santé publique dans un pays où le suicide fait près de 9 000 victimes par an (un des taux les plus élevés d'Europe). Les participants apprennent ainsi à poser des questions qui dérangent mais sauvent des vies, comme : « Voulez-vous mourir ? »
En cas de réponse positive, comme lors de toute situation d'urgence, le secouriste appelle le 15 et reste sur place en attendant l'arrivée des secours. Certains stagiaires hésitent. « Utiliser le mot “suicide” ou “mourir”, c'est prendre le risque de donner des idées », s'inquiètent-ils souvent. « L'essentiel est de ne pas passer à côté d'une situation d'urgence, répond Muriel Vidalenc. Utiliser les mots justes n'empire jamais les choses. »

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Certaines entreprises pionnières ont déjà adopté le PSSM. « Nous sommes aujourd'hui une soixantaine à être formés, soit l'ensemble de la filière médico-sociale. Et nous prévoyons d'élargir la formation aux partenaires sociaux », illustre Emmanuelle Lièvremont, directrice santé et qualité de vie au travail chez L'Oréal.
Les formations, que chacun peut demander en entreprise, sont aussi ouvertes à tous un peu partout en France dans des centres d'animation ou sociaux. Pharmaciens, postiers, artistes, entrepreneurs, élus politiques… La diversité des profils des stagiaires témoigne de la résonance des troubles de la santé mentale dans toute la société. L'ambition de PSSM France – former 750 000 personnes d'ici à 2030, soit moins de 1 % de la population – paraît modeste comparée à l'Australie, où un citoyen sur dix sera formé à la même échéance.
Hearth*
Heart* (toujours en english).
En français dans le texte.